Prestations sociales hors contrôle
Présentés peu avant Pâques, les comptes 2025 de l’Etat sont moins calamiteux que prévu: le déficit n’est «que» de 156 millions, soit le quart de celui prévu au budget.
Si le déficit est moindre, c’est grâce à une hausse massive de recettes (total de 12,55 milliards / +6,1% en un an) qui surcompense le demi-milliard (+4,2% sur 12,71 milliards) de hausse de charges pour la même période. Le Conseil d’Etat semble se contenter de cette «progression des charges contenue»: le fameux «petit équilibre» avant amortissements est respecté, ce qui lui évite l’humiliation du plan d’économies urgentes.
Comparaison au budget
Les dépenses dépassent le budget de près de 475 millions (+3,9%). Il faut relever le respect des charges budgétaires pour le personnel, avec tout de même 2,6% de hausse relative à 2024. Les achats de biens et services restent par contre hors contrôle, avec un dépassement budgétaire de 76 millions (9,4%). La parcimonie n’est toujours pas entrée dans les habitudes de l’administration.
Lors de l’analyse des comptes 2024, nous pronostiquions un demi-milliard de dépassement budgétaire pour la prévoyance sociale et la santé1: finalement, ce sont 468 millions répartis pour 413 (+11,7%) en faveur de la prévoyance sociale et 45 (+2,4%) pour la santé. Dit autrement, le DSAS, qui pèse pour plus de 46% dans les dépenses cantonales, est entièrement responsable du dépassement budgétaire du Canton.
Côté recettes, les bonnes surprises viennent du retour des dividendes de la BNS (+126 millions), de l’impôt sur les personnes morales (+214 millions) et sur les successions (+86 millions). L’effet du rabais de 4% introduit sur l’imposition des revenus des personnes physiques était sous-estimé: les rentrées sont de 138 millions (-3,5%) sous le budget, ce poste étant partiellement compensé par 28 millions d’excédents d’impôt sur la fortune. Que la gauche se rassure: les riches et les héritiers n’ont pas échappé au fisc.
Les prélèvements sur les fonds de réserve restent modestes et conformes au budget.
Alors que le budget prévoyait 615 millions d’investissements bruts, ceux-ci atteignent 455 millions, desquels il faut déduire 78 pour un achat immobilier à Renens, compensé par une vente de 65 millions hors compte d’investissement à la Bourdonnette. Cette correction apportée, 2025 ne déroge pas à l’incapacité répétée de l’Etat à dépasser les deux tiers des investissements prévus.
Perspectives pour 2026
Le budget 2026 des domaines santé et prévoyance sociale ne sera en aucun cas respecté, car il est inférieur à l’effectif 2025. Un nouveau dépassement, que nous estimons à 350 millions, est à prévoir. En supposant que les autres départements tiennent leurs budgets comme ils semblent l’avoir fait en 2025, le DSAS engloutira cette année la moitié du budget de l’Etat. Le Conseiller qui remplacera Mme Ruiz devra agir vite s’il entend «contenir la progression» des charges de son département, en particulier celle des dépenses sociales qui frôlera les 10%.
Aucune baisse du taux d’imposition n’est prévue en 2026. La progression habituelle de l’imposition des personnes physiques va reprendre et compenser, en partie du moins, l’inévitable dépassement de déficit. Le respect du petit équilibre dépendra alors du montant prélevé sur la fortune cantonale (493 millions au budget). En modulant cette écriture comptable, le Conseil d’Etat aura la liberté d’effrayer ou non, avec un plan d’économie d’urgence, les citoyens vaudois avant le vote sur l’initiative «Baisse d’impôts pour tous».
Conclusion
En vingt ans, les revenus fiscaux de l’Etat ont augmenté de 85%; corrigée de l’évolution de la population (+29,0%) et de l’inflation (+9,3%), cette hausse des rentrées reste confortable à 31% et reflète l’amélioration de la prospérité des Vaudois. Comment dès lors expliquer que, durant la même période, il ait fallu augmenter les dépenses de prévoyance sociale de… 185%? Et comment justifier que nos dépenses sociales par habitant dépassent de 70% celles de nos voisins de Berne, canton avec une structure de population analogue à la nôtre?
L’accaparation des moyens de l’Etat par le DSAS laisse la portion congrue aux autres départements. Comment le Canton peut-il ambitionner le million d’habitants en ne consacrant que 3,4% de son budget au trafic et 1,2% à la protection de l’environnement et l’aménagement du territoire? Combiné à l’incapacité chronique à respecter les budgets d’investissement, ceci laisse craindre des infrastructures sous-dimensionnées face à la hausse de la population.
Le Canton dispose certes de fonds propres importants. En laissant les charges sociales poursuivre leur hausse, ces fonds seront engloutis au cours des trois ou quatre exercices à venir. C’est au mieux le temps disponible pour reprendre le contrôle de ces dépenses. Les autorités vaudoises doivent donc sans tarder examiner quels ayants droit pourraient, tels les Israélites dans le désert2, se passer de viande, poisson et légumes pour se contenter de la seule manne cantonale.
Notes:
1 La Nation n° 2278 du 2 mai 2025.
2 Nombres 11; 4-20.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Centralisation antimigratoire – Editorial, Félicien Monnier
- Meurtre et spoliations d'un collectionneur – Jean-Blaise Rochat
- Une petite reconnaissance – Pierre-François Vulliemin
- Concilier libéralisme et conservatisme? – Quentin Monnerat
- † Pasteur Jean-Pierre Tüscher – Olivier Delacrétaz
- Ce n'est pas tous les jours dimanche – Jacques Perrin
- Retour sur une votation populaire – Antoine Rochat
- Après le loup et l'ours, le crocodile – Le Coin du Ronchon
