Un budget au point de bascule
Le 14 septembre, le Conseil d’Etat présentait un budget 2027 basé sur l’hypothèse d’un refus de l’initiative dite des 12%. Son acceptation par le peuple vaudois quelques jours plus tard laisse prédire une baisse des rentrées fiscales de 272 millions. Le gouvernement s’est donc fendu le 7 octobre d’une liste d’amendements d’un montant équivalent, permettant le respect du petit équilibre dans cette nouvelle configuration fiscale.
On commence par puiser 109 millions supplémentaires dans les réserves. Ceci porte les revenus extraordinaires à 549 millions ou 4,3% des rentrées. Sans cette libération de capital, le déficit opérationnel total atteint 905 millions ou 7,1% des 12,7 milliards de dépenses au budget amendé.
Le Conseil d’Etat avait gardé quelques belles poires pour la soif dans sa première version budgétaire. La liste d’amendements annonce une hausse de 63 millions de la contribution de la BNS. S’y ajoutent, cachés dans la liste d’ «économies», une réévaluation de 12 millions de certaines participations fédérales aux coûts vaudois.
Sur les 100 millions d’économies supplémentaires listées, le tiers exactement concerne les coûts de personnel. Ce poste reste toutefois 1,5% au-dessus du budget 2026. L’économie prévue n’a rien de spectaculaire, puisqu’elle correspond au maintien de mesures déjà en vigueur, notamment le délai imposé avant réengagement lors d’une repourvue. Echaudé par les manifestations de l’automne 2025, le Conseil d’Etat a d’ores et déjà annoncé le maintien des annuités et de l’indexation pour 2027, quoique les employés du secteur public ne soient pas à plaindre dans ce Canton: leur salaire médian dépasse de près d’un quart celui du secteur privé1.
Une dernière poire se cache dans les dépenses brutes d’investissement. Historiquement, l’Etat vaudois a démontré une capacité opérationnelle pour investir entre 400 et 500 millions par an, alors que 660 sont inscrits au futur budget. Cette surévaluation permettra – on le regrette pour le développement des infrastructures du Canton – de modérer d’autant les prélèvements dans les réserves.
L‘évolution des dépenses de biens et services laisse perplexe: en période de disette, c’est le poste où il semble judicieux de couper pour éviter de devoir le faire dans le personnel. Les trop modestes amendements (-0,8%) apportés ramènent ces dépenses à 842 millions, en hausse de 3,1% par rapport au budget 2026.
Mais le plus préoccupant reste à venir: avec 5,9 milliards prévus en 2027, les charges du secteur santé-social sont équivalentes aux dépenses réelles de 2025. Or, la hausse historique dans ce département est de l’ordre de 300 millions par an. Il faut ajouter à ceci la sous-évaluation, avouée par M. Nordmann2, de la facture liée à la réforme du financement des soins EFAS (+170 à 270 millions) et la sous-estimation probable, au vu des hausses de primes, des subventions LAMal pour les ménages à faibles revenus. Les coûts effectifs du DSAS risquent donc de grimper à près de 6,7 milliards. Nous espérons avoir tort en prédisant un déficit opérationnel proche de 12% des recettes en 2027. A ce train, les réserves de l’Etat seront siphonnées avant 2030.
Le Canton pratique manifestement une politique sociale et de santé au-dessus de ses moyens, mais surtout au-dessus de la capacité contributive de ses habitants. Il ne peut continuer à arroser largement sans ponctions supplémentaires de son économie et de la majorité numérique de ses contribuables (surtaxer les quelques «super-riches» du Canton ne suffira pas). L’acceptation de l’initiative 12% montre que les Vaudois désirent une autre voie.
Cette politique répond cependant aux aspirations très multiformes des Vaudois. Le Canton ne pourra désenfler pour revenir à ses tâches essentielles que si ses habitants réduisent leurs attentes en proportion. Pour ce faire, au moins deux «crédos» sociétaux devront être remis en cause. Le premier est de considérer, au sens propre, que la santé n’a pas de prix: pour maîtriser les coûts de la santé, la maladie et la mort doivent être acceptées et non plus vues comme les échecs d’une médecine toute puissante. Le second est le système schizophrène qui sous-tend notre politique sociale, à savoir des outils sociaux (allocations, AVS, caisses de pensions, subsides à la santé…) financés par la croissance obligée d’une économie libérale. Etant arrivés à un point où les besoins dépassent les capacités économiques, il s’agit de revenir à une solidarité plus individuelle qu’institutionnalisée.
Quel parti mettra ces objectifs impopulaires à son programme électoral 2027?
Notes:
1 Numerus n° 6, avril 2026, p. 6.
2 24 heures du 24 septembre 2026.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Inutile – Jean-François Cavin
- L'idée russe ou l'amour égaré – Yannick Escher
- Des contrats si compliqués – Olivier Klunge
- Le président Parmelin et la collégialité – Olivier Delacrétaz
- Alors, toujours content de votre voiture? – Jean-Blaise Rochat
- Des aides pour le libre-échange – Benjamin Ansermet
- Les ambianceurs – Jacques Perrin
- Union des Compromissions vaudoises – On nous écrit, Réd. - Maxime Stern
